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Texte de Christophe Léon

Christophe Léon, qui aborde constamment dans ses ouvrages le thème du nucléaire, exprime ici les raisons pour lesquelles il soutient la chaîne humaine.

Avec Fukushima, une nouvelle fois, on s’est rendu compte combien le nucléaire est dangereux, combien la troisième force économique mondiale était dans l’incapacité de faire face à la catastrophe.
Et bien plus que des héros, les liquidateurs japonais, tous les liquidateurs du monstre nucléaire, sont les victimes de l’atome et de l’incroyable incurie des hommes.
Si Tchernobyl a entraîné des commentaires sur le fait qu’il s’agissait d’une centrale soviétique, d’un état manquant de moyens, on voit qu’avec Fukushima l’argument ne tient plus.
La vérité est à la fois simple et terrifiante : nous ne savons pas gérer les accidents nucléaires majeurs, comme nous ne savons pas quoi faire des déchets nucléaires (entre 200 et 300 000 tonnes dans le monde).

Les ingénieurs peuvent garantir la sécurité pour les décennies à venir. Mais dans 300, 400, 1000 ans ? Appréhender les méfaits du nucléaire à l’échelle du temps est quasi impossible pour l’homme. Notre esprit ne saurait concevoir ce qui se passera d’ici un, deux ou trois siècles.
Le nucléaire est un poison inodore, incolore et invisible. Il tue de nombreuses manières et ne signe pas ses crimes. Si la génération actuelle n’a pas trop de soucis à se faire, croît-on, quid des autres ?
Après nous le déluge ?
En France, heureusement Areva est une entreprise transparente. Elle dit tout sur tout. Sa petite soeur EDF l’imite en toutes circonstances. Nous sommes entre personnes du même monde.
On se sent rassuré, non ?

Le nucléaire — son architecture, sa technicité, son incroyable puissance — a de quoi fasciner. On peut aussi être médusé par la transmission de l’information et par l’incroyable chape de plomb qui s’abat sur le nucléaire (sens figuré et sens propre) dès lors que les faits et les drames humains montrent sa dangerosité.
Nous sommes face à un choix de société, de culture et d’économie. Sommesnous prêts à sacrifier l’humanité pour de l’électricité ? Sommes-nous prêts à consommer du nucléaire au risque de laisser en héritage une Terre inhabitable ?

Médisez, dénigrez, accusez, il en restera toujours quelque chose. La manipulation, plus on la reproduit, plus on la répète et plus on la diffuse finit par laisser une trace difficilement délébile. Sorte de contre-publicité dont on tympanise les esprits pour les troubler, mais aussi pour les réconforter dans un mode de penser simpliste et confortable.
Les professionnels en la matière sont sans doute les techno-scientifiques, des spécialistes ou pseudo-spécialistes pour qui le progrès, la technique et la croyance absolue dans le génie humain à répondre à toutes les questions et à nous sortir de toutes les impasses servent de méthode Coué et de narcotique à usage collectif.

Irréversible. Si le nucléaire a bien une « qualité », c’est son irréversibilité. Quand une centrale, un EPR ou un centre de retraitement est construit, le territoire qui l’abrite se retrouve contaminé pour ce qui n’est pas éloigné de l’éternité. L’industrie nucléaire est la plus polluante et la plus dangereuse au monde.
La France est l’un des trois pays les plus nucléarisés au monde, après les États Unis et avant le Japon. Cherchez l’erreur...
À un moment de notre histoire où nous sommes confrontés à un bouleversement environnemental (dont nous sommes en grande partie responsable), il est plus que temps faire tomber les barrières d’un obscurantisme mortifère.

Devrons-nous attendre qu’une catastrophe survienne à notre porte pour agir ?
Le nucléaire n’est pas anodin. Militaire ou civil il a tué et continuera de tuer.
Personne n’est à l’abri, mais chacun d’entre nous peut dire :

Nucléaire, non merci !

Christophe Léon
Janvier 2013

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